Des hommes violés, des femmes violeuses
Ces violences sexuelles ont débuté avec le déclenchement de la première guerre congolaise en 1996. Ainsi, 40% des femmes interrogées ont été victimes de violences sexuelles. Chose plus étonnante, 23% des hommes interrogés se sont également déclarés victimes de viols. De même, les agresseurs, contrairement aux idées reçues, ne sont pas forcément des hommes : 41% des femmes violées, et 10% des hommes violés l'ont été par des femmes. « Nous ne pouvons plus désormais penser que la violence sexuelle est une forme de violence uniquement exercée par des hommes sur des femmes ; elle concerne tout le monde », a dit l’auteur de l’étude, Lynn Lawry, expert humanitaire au Service sanitaire international (International Health Division) du ministère de la Défense américain. Si les viols d'hommes n'ont pas été contestés, les viols commis par des femmes étonnent nombre d'observateurs dans la région. « Les taux de femmes auteurs de viols sont très bas », a par exemple affirmé Denise Siwatula, responsable du programme Synergie des femmes contre les violences sexuelles (SFVS), une ONG congolaise basée au Kivu. Selon Ciaran Donnely, à la tête de l'ONG International rescue committee (IRC), « Certaines questions ont besoin de recherches plus poussées. [Mme] Lawry réclame une reformulation de la politique d’aide et une réorientation des efforts dans le domaine des violences sexuelles sur la base des résultats de l’étude. Je pense qu’il nous faut être très prudents et ne pas prendre de décisions hâtives sur la question ». Avant toute mesure, reste à déterminer la représentativité de l'échantillon de l'enquête.
Jean-bernard Gervais