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Entretien avec John Kanyoni : "Le problème de cette loi, c'est le timing"

Image removed.La réforme financière adoptée par le Sénat américain jeudi 5 juillet dernier provoque la colère du secteur minier congolais. En effet, cette loi exige des entreprises américaines qui achètent des minerais en RDC qu'elles fassent preuve de la plus grande transparence sur l'origine de quatre minerais, à savoir l'oxyde d'étain, le coltan, la wolframite, et l'or. Et ce afin d'assécher le financement des rébellions congolaises par le commerce des minerais. John Kanyoni, Président du comité professionnel des mines de la Fédération des entreprises du Congo/ Nord Kivu, explique à grandslacs.info pourquoi cette loi est néfaste, en risquant de créer au Nord Kivu et même au-delà) une crise économique sans précédent qui pourrait raviver les conflits congolais. Entretien.
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Pourquoi considérez-vous cette réforme financière américaine comme un embargo ?

Le but affiché de cette réforme financière en soi n'est pas mauvais. Cette réforme accompagne l'ensemble des initiatives que nous avions déjà pris sur le terrain pour que notre commerce de minerais soit le plus transparent possible, que ce soit avec le centre international sur la région des grands lacs, la coopération allemande GTZ, l'Europe, la banque mondiale, etc. Le problème de cette loi, c'est le timing. Dès la ratification de cette loi par le président Obama, une grande partie des mesures devront être mises en application dans l'espace de neuf mois ! C'est beaucoup trop court. Si cette loi passe en l'état, elle obligera nos clients américains, l'essentiel de notre clientèle, à interdire l'achat de nos minerais, car nous n'aurons pas eu suffisamment de temps pour nous adapter !

Selon vous, quel serait le timing idéal pour la mise en place des différentes mesures contenues dans cette réforme ?

Un exemple : nous avions entamé un programme de traçabilité. Nous avons achevé la première phase et nous attelons à la deuxième phase qui s'étalera jusqu'en 2012. Avec la coopération allemande, la GTZ, c'est la même chose. Qui plus est, pour appliquer ces programmes, l'on nous octroie des financements. Le gouvernement américain ne nous accorde pour sa part aucune subvention pour nous mettre à jour ! Les deux seuls gouvernements à nous avoir aidé sont les Allemands et les Anglais. Nous demander d'avoir des résultats d'ici neuf mois, alors que nous avons entamé des chantiers qui concernent la traçabilité des minerais et dont les échéances sont dans quelques années, c'est une manière polie de dire : n'achetez pas les minéraux du Congo !

Quels sont exactement les divers programmes que vous avez entamé ?

Nous avons entamé un chantier avec GTZ depuis un an. Avec l'OCDE nous n'avons encore rien finalisé. Avec la GTZ, la coopération allemande, le programme va au-delà de 2012. Nous avons encore un programme avec la banque mondiale de 90 millions de dollars qui doit durer une année. En général, la durée moyenne de ces programme est de deux à trois ans.

La RDC a-t-elle un monopole sur certains minerais visés par la réforme financière de Barack Obama ?

Il n'y a pas de monopole. Si par exemple on évoque la cassitérite, nous avons en RDC 5% de la production mondiale. Les Indonésiens, les Chinois, les Sud-américains en produisent aussi énormément. Il est vrai qu'en matière de coltan, la RDC possède l'une des plus grosses réserves mondiales mais il y a d'autres pays qui en produisent.

Vous craignez que cette loi ne provoque une reprise des combats ?

La situation de la RDC, surtout à l'est, est très volatile. L'objectif de notre fédération patronale est de formaliser un secteur jadis informel. nous sommes passés de quatre à cinq comptoirs adhérents, à une vingtaine de comptoirs. Ces comptoirs adhérents ont fourni du travail à des "creuseurs" qui auparavant travaillaient pour les groupes armés de la région. Si, du jour au lendemain, nous ne leur fournissons plus de travail, il est fort à parier que ces creuseurs rejoindront les groupes rebelles. Cette loi américaine est donc paradoxale : elle a pour objectif de rendre le secteur minier plus transparent pour éviter que les recettes minières n'alimentent les conflits, mais elle risque de pousser dans les bras des rebelles les chômeurs qu'elle aura créés. Plus grave : elle ne concerne pas seulement la RDC mais aussi tous les pays avoisinants. Sans précision. Cela peut concerner l'Angola, l'Afrique australe et l'Afrique des grands lacs, la Tanzanie, le Soudan, la république centrafricaine.

Que représente le secteur minier en RDC ?

Nous représentons un chiffre d'affaires de 25 millions de dollars mensuels. Nous payons, en recette fiscale, un millions de dollars chaque mois. C'est un secteur d'activité qui est une locomotive pour toute la province du Nord Kivu. Nous soutenons une grande partie de l'activité économique de la province, notamment les compagnies d'aviations, les sociétés d'assurance, le commerce, etc.
Ecoutez l'entretien ici
Jean-bernard Gervais