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Faustin Twagiramungu accuse Kagamé d'avoir ordonné l'assassinat de Rugambage

Image removed.Ancien premier ministre du Rwanda, ancien candidat à l'élection présidentielle en 2003, Faustin Twagiramungu, non seulement appelle au boycott des élections présidentielles le 9 août prochain, mais accuse également le pouvoir de Kagamé d'avoir fomenté l'assassinat du rédacteur en chef du journal Umuvugizi le 24 juin dernier. Nous publions ci-après des extraits d'une tribune de Faustin Twagiramungu.

 "L’assassinat du jeune journaliste rwandais Jean-Léonard Rugambage du bimensuel indépendant Umuvugizi, dans la nuit du 24 juin 2010, prouve que le régime du général Kagame est déterminé à poursuivre son ignoble politique de criminalité et de répression. Cet assassinat qui vient s’ajouter à la liste déjà longue des actes répréhensibles du régime totalitaire de Kigali ne fait qu’exaspérer le climat de tension qui règne au Rwanda, à l’approche du simulacre d’élections présidentielles d’août 2010. On ne doute pas que le journaliste Rugambage a été assassiné par les services secrets du régime selon le même modèle d’assassinat qui cadre bien avec les mêmes procédés et les mêmes scénarios utilisés par les escadrons de la mort du Front Patriotique Rwandais (FPR, le parti du général Kagame) pour de nombreux assassinats connus du public. Les déclarations du dictateur rwandais, Paul Kagame, faisant état d’une enquête « ordonnée » prétendument pour faire la lumière sur l’assassinat du journaliste Rugambage ne sont qu’une tentative de jeter de la poudre aux yeux de la communauté internationale. Loin d’être animé de compassion lors de sa conférence de presse du 28 juin 2010, le général Kagame n’a versé les larmes de crocodile que par souci d’impressionner ses amis et bailleurs de fonds occidentaux en cette période de campagne électorale. En effet, le criminel au pouvoir à Kigali étant lui-même recherché par  
deux mandats d’arrêt internationaux, toute stratégie lui semble bonne en vue de continuer à jouir de son immunité en se cachant surtout derrière les élections d’août 2010 dont il s’est déjà déclaré vainqueur. En promettant d’arrêter la violence « comme il a arrêté le génocide en 1994 », le dictateur Paul Kagame s’évertue à justifier sa propre violence à l’égard de l’opposition et de toute opinion critique. L’incarcération des politiciens et leurs défenseurs juridiques, le  
bannissement des journaux indépendants, le harcèlement et l’assassinat des journalistes sont des actes devenus monnaie courante sous couvert de la fallacieuse lutte contre l’idéologie du génocide. Cette manière du dictateur de recourir à sa stratégie mensongère est désormais obsolète, car c’est non seulement ridicule mais aussi affligeant que Paul Kagame utilise le génocide des Tutsi pour masquer ses forfaits. Et cela n’est plus payant pour lui, car le monde et les Rwandais eux-mêmes en ont désormais marre. Le génocide ne peut pas être utilisé pour couvrir un pouvoir criminel et dictatorial, ni pour justifier toutes les actions ou décisions à l’encontre de la liberté individuelle des citoyens rwandais. Dans le cas de l’assassinat du jeune journaliste d’investigation Jean-Léonard Rugambage, l’innocence et l’angélisme dont le dictateur Kagame a voulu faire preuve lors de sa conférence de presse relèvent tout simplement du marketing politique d’une incohérence scandaleuse. Sa nouvelle profession de foi d’un converti au respect des droits de l’homme et surtout aux droits des journalistes, donc à la liberté d’expression, signifierait-elle que le dictateur ne contrôle plus ses escadrons de la mort et que son pouvoir et son autorité seraient en perte de vitesse? Sinon pourquoi le général Kagame n’a-t-il pas eu cette compassion pour le journaliste Edouard Mutsinzi, tabassé et laissé pour mort à Nyamirambo en 1995 par l’escadron du FPR ? Ancien directeur du journal Le Messager-Intumwa, Monsieur Edouard Mutsinzi est devenu débile et physiquement handicapé à la suite de la torture lui infligée par les escadrons de la mort du dictateur. Pourquoi le général Kagame a-t-il, jusqu’à date, passé sous silence l’assassinat d’autres journalistes sauvagement massacrés dont Appolo Hakizimana en 1997, Emmanuel Munyemanzi en 1998 et Jean-Marie-Vianney Hategekimana en 2002, pour ne citer que ceux-là ? Pourquoi le général Kagame se fout-il complètement des dizaines de journalistes qui ont été forcés à l’exil et qui continuent de fuir l’intolérance de son régime ? Dans ses déclarations, le gouvernement de Kigali est en train de recourir à  
ses diversions et à ses mensonges habituels pour travestir les faits :
*Contrairement aux affirmations de Kigali, Jean Léonard Rugambage n’a jamais été condamné pour participation au génocide. Il a plutôt été condamné à un an d’emprisonnement pour délit d’audience et d’outrage à la cour après avoir récusé le très sulfureux juge nommé Kalisa Télesphore alias Gahini, qui refusait catégoriquement d’écouter les témoins à décharge. Son procès pour participation présumée au génocide fut ainsi reporté à l’expiration de cette peine.
*Les juges Gacaca de Ruyumba s’étant déclarés incompétents pour juger cette affaire, ils la classèrent dans la première catégorie pour que Jean Léonard Rugambage soit poursuivi devant le Tribunal de Première Instance de Gitarama. Ce qui fut fait. Jean Leonard Rugambage fut acquitté et  libéré le 28/07/2006.
La théorie de la vengeance d’un rescapé de génocide, avancée par le pouvoir dictatorial de Kigali pour justifier le meurtre du journaliste  
Rugambage, est une astuce pour tromper l’opinion internationale et  
occidentale, en particulier pour que le dictateur puisse conserver  « son image de marque ». Or, c’est de pleine conscience que le général Kagame continue de raviver les tensions ethniques au Rwanda en instrumentalisant les rescapés du génocide. J’exprime ma profonde indignation face à l’assassinat du jeune journaliste d’investigation Jean-Léonard Rugambage et face aux manœuvres  
mensongères du gouvernement rwandais. Une enquête indépendante par une agence internationale s’impose. Quant au président Kagame, je réitère mon appel au peuple rwandais de boycotter les élections par une abstention massive si ce criminel notoire se présentait comme candidat le 9 août 2010."

Jean-bernard Gervais