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L’opposante Victoire Ingabire interdite de quitter le Rwanda

Image removed.L’opposante à Paul Kagame et candidate à l’élection présidentielle Victoire Ingabire, par ailleurs présidente du parti FDU-Inkingi, s’est vu refuser le droit hier 23 mars, de quitter le Rwanda, alors qu’elle allait embarquer à l’aéroport international de Kigali. Les autorités lui ont remis une convocation pour aujourd’hui, le 24 mars, au département d’investigation criminelle.


La télévision et la radio nationale avaient diffusé peu de temps après son interpellation un communiqué affirmant qu’elle avait tenté de fuir le Rwanda. Le FDU-Inkingi a de son coté publié un communiqué affirmant que Victoire Ingabire n’avait jamais été tenu au courant du régime de « semi-liberté » auquel l’astreint le pouvoir en place. « Ce nouvel incident est la preuve que Paul Kagamé n’est pas prêt à accepter une quelconque opposition politique, et que tous ceux qui s’y sont risqués ont un pied en prison ». Victoire Ingabire affirme quant à elle qu’elle comptait voyager pour saluer sa famille. Cette interdiction de quitter le territoire survient deux semaines après une interview du président Paul Kagamé à CNN, où ce dernier accusait Victoire Ingabire de tenir des propos révisionnistes sur le génocide des tutsi au Rwanda. Il faisait référence à un discours tenu par Victoire Ingabire en janvier dernier au mémorial de Gisozi. Depuis, Victoire Ingabire a été convoquée à trois reprises par la police criminelle, et attaquée en plein Kigali le 3 février dernier. Les auteurs de cette agression n’ont toujours pas été identifiés. Le 22 février dernier, Victoire Ingabire s’était réfugiée temporairement à l’ambassade de Grande-Bretagne. Par ailleurs, son parti, qui avait tenté de se réunir à la mi-mars pour tenir son congrès constitutif, en a été interdit. Le ministre de l’administration locale, James Musoni, a confirmé que, tant que Victoire Ingabire sera l’objet d’enquête policière, le FDU-Inkingi ne pourra tenir son congrès. Victoire Ingabire n’est pas la seule opposante à Paul Kagamé à faire état de harcèlement du pouvoir. Frank Habineza, le leader du green party, a été plusieurs fois menacé de mort. A tel point qu’il a demandé au pouvoir en place une protection policière. Un membre influent du PDI (Ideal democratic party), Al Hajj Andre Habib Bumaya, ancien ministre par ailleurs, a quitté le Rwanda en février dernier. Ces attaques répétées contre l’opposition politique vont de pair avec des arrestations politiques. Le journaliste et opposant politique Déo Mushayidi a été arrêté au Burundi le 5 mars dernier, et l’ancien général Kayumba Nyamwasa, réfugié en Afrique du Sud, fait l’objet d’une demande d’extradition. Le pouvoir les accuse d’être membres d’une conspiration dont le but serait la déstabilisation du Rwanda. Paul Kagame leur attribue entre autres les attentats à la grenade qui ont eu lieu en février à Kigali. Les ONG, comme Human Right Watch, accuse le pouvoir de Kagamé de harceler l’opposition politique.
Jean-bernard Gervais