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Augustin Nsanzimana, Emmanuel Niyoncuti, Aimable Karasira : la répression s'abat sur les youtubeurs rwandais

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aimable karasira

Il ne fait pas bon faire des vidéos critiques du pouvoir rwandais sur YouTube. Le 1er mai dernier, deux youtubeurs proches de la femme politique Victoire Ingabire (actuellement emprisonnée),  Augustin Nsanzimana et Emmanuel Niyoncuti, ont été arrêtés par la police. Ils animent la chaine YouTube IMBARUTSO YA DEMOKARASI. Emmanuel Niyoncuti est l’animateur principal de la chaîne, tandis qu’Augustin Nsanzimana en assure la captation d’images en tant que photographe. La police n'a reconnu les avoir arrêtés que le 3 mai dernier, trois jours après leur arrestation. Ils sont accusés de "diffusion de rumeurs susceptibles de provoquer la panique au sein de la population". Bref, on les accuse d'informer. les deux youtubeurs ont récemment réalisé une interview d’un ancien détenu du centre de transit de Gikondo, connu sous l’appellation « Kwa Kabuga ». Cet établissement est régulièrement dénoncé par des organisations de défense des droits humains, qui le décrivent comme un lieu de détention illégale et de mauvais traitements. Dans cet entretien diffusé sur la chaîne Imbarutso ya Demokarasi, le témoin affirme avoir été confronté à des conditions de détention inhumaines et évoque des traitements dégradants et des violences graves infligées à ses codétenus. Il appelle également le président de la République à fermer ce centre. 
Plus dramatique, un autre youtubeur, qui avait pratiquement purgé sa peine de cinq ans de prison, est décédé dans des circonstances mystérieuses le 7 mai dernier. Il aurait ingéré une trop grande dose de médicaments à l'hôpital de Nyarugenge, peu avant d'être libéré. 

Mort le jour de sa libération

Aimable Karasira était connu par les Rwandais et au-delà. Il avait enseigné les technologies de l’information à l’Université du Rwanda et avait ouvert sa chaîne YouTube en 2011. Il y critiquait régulièrement les autorités de Kigali. En mai 2021, avant son arrestation, il avait notamment accusé le FPR (Front patriotique rwandais) de Paul Kagame "d'alimenter la haine" sur sa chaîne YouTube appelée Ukuri Mbona (la vérité que je vois, en français). Il avait été accusé de "déni de génocide", car il remettait en cause certains aspect des massacres, lui qui avait vu sa famille tutsi être tuée, disait-il, par le FPR.
Dans un communiqué, l'ONG Human Rights Watch a demandé des comptes au gouvernement: "Il incombe au gouvernement de prouver que Karasira n'a pas été tué illégalement, et les partenaires du Rwanda doivent suivre la situation de près".

"Les poursuites contre Aimable Karasira ainsi que son incarcération sont emblématiques de la répression menée par le Rwanda contre la dissidence et la liberté d’expression. Sa mort s’ajoute à la liste des disparitions et des décès suspects de personnes perçues comme des détracteurs et des opposants au gouvernement, et l’incapacité des autorités à rendre justice dans ces affaires envoie un message délibérément intimidant", a ajouté l'ONG dans son communiqué. 
 

jean-bernard gervais