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Le CNC de Bukasa fait disparaitre des Congolais à Kinshasa

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Jean-Claude Busaka

Selon l'ONG de protection des droits de l'homme Human right Watch, le Conseil national de cyberdéfense (CNC) serait au cœur de disparitions forcées à Kinshasa constatées entre mars 2025 et mars 2026. "Human Rights Watch a documenté 17 cas de personnes victimes de disparition forcée ou portées disparues au cours de l’année passée et a reçu des récits crédibles de plusieurs cas supplémentaires. Bon nombre de ces personnes disparues ont été retrouvées, souvent des mois plus tard, en détention dans les locaux du Conseil national de cyberdéfense (CNC), qui les a arbitrairement arrêtées et détenues en parallèle de la Police nationale congolaise et de la Garde républicaine du président", établit l'ONG. Ces arrestations sont motivées dans la plupart des cas par des raisons politiques, "ou concernent des personnes soupçonnées de soutenir le groupe armé qui s'est emparé de certaines régions de l'est de la RDC". 
Le CNC a été créé en 2023 par ordonnance présidentielle pour enquêter sur les cybercrimes. D’après des reportages dans des médias internationaux, le CNC a fait l’acquisition d’une technologie de pointe permettant des écoutes ciblées, en particulier sur les applications de messagerie. Il a élargi ses attributions en procédant à des arrestations, des interrogatoires et des détentions au secret sans supervision judiciaire.
D’anciens détenus ont expliqué que des membres de la Garde républicaine et de la Police nationale en uniforme ainsi que des fonctionnaires en civil ont mené les arrestations, certaines au milieu de la nuit. Plusieurs d’entre eux ont indiqué avoir eu les yeux bandés lors leur transport vers ou entre des centres de détention du CNC. Ils ont affirmé qu’on ne leur avait pas présenté de mandat d’arrêt et qu’on leur avait refusé accès à des avocats.

Le CNC les a d’abord détenus et interrogés dans des installations du stade national, le Stade des Martyrs, ou dans ses bureaux à l’Office national des transports (ONATRA) à Kinshasa. Ce n’est qu’ensuite qu’ils ont été transférés vers d’autres lieux à Kinshasa, y compris des chambres privées, possiblement dans des hôtels.

D’anciens détenus ont déclaré que leurs interrogatoires avaient peu à voir avec le cyberrenseignement et reposaient sur des accusations de collusion avec le groupe armé M23, qui contrôle des territoires de l’est de la RD Congo, de liens avec l’ancien président Joseph Kabila, accusé de soutenir le M23, ou de complots de coup d’État. D’autres détenus ont pensé, en se basant sur les questions de l’interrogatoire, qu’ils avaient été arrêtés en raison de leurs opinions politiques d’opposition. L’un d’eux a indiqué que, lorsqu’il a demandé un avocat, les agents lui ont répondu : « La loi ne s’applique pas dans ces pièces ».

D’après leurs avocats, cinq détenus ont été transférés de leur garde à vue au CNC vers les systèmes judiciaires militaire ou civil, où ils ont été mis en examen pour atteinte à la sûreté de l’État ou outrage au chef de l’État. Deux de ces affaires sont entrées dans la phase de procès et trois en sont aux procédures préliminaires. Huit autres personnes ont été libérées, tandis que trois autres sont toujours en détention.

Les responsables du CNC ont rencontré Human Rights Watch le 20 novembre et le 5 décembre 2025, et l’un d’eux a déclaré que l’unité a pour rôle de « coordonner les services essentiels » et que ses agents ont le droit d’intervenir si nécessaire. Cependant, le responsable est resté vague sur les détentions, faisant allusion au pouvoir du gouvernement de restreindre la liberté des personnes pour des raisons de sécurité essentielles. En réponse à un courrier de Human Rights Watch, Jean-Claude Bukasa, directeur et coordinateur du CNC, a écrit le 17 février que le CNC « ne dispose d’aucun pouvoir d’arrestation ni de détention » des personnes.
 

 

Jacques Byizigiro